Interview de David, porteur du projet Qluster, la lumière au service du calcul
Nous avons rencontré David Fainsin, docteur en physique et optique quantique au Laboratoire Kastler Brossel (Sorbonne Université / CNRS / ENS / Collège de France), pour évoquer son parcours et son projet Qluster. Breton d’origine et ingénieur diplômé d’IMT Atlantique, il s’est installé à Paris pendant la pandémie pour y poursuivre sa thèse et développer cette technologie quantique prometteuse.
Bonjour David, pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?
Je suis docteur en physique et optique quantique au Laboratoire Kastler Brossel, où j’ai réalisé ma thèse sous la direction de la professeure Valentina Parigi. Originaire de Brest, j’ai passé une vingtaine d’années en Bretagne avant de rejoindre Paris pour ma thèse, pendant la période du COVID. Je suis un passionné de sport, si vous me croisez sur Jussieu n’hésitez pas à venir discuter des résultats du W-E.
Avant cela, j’ai étudié dans les écoles du groupes IMT (Télécom Paris et IMT Atlantique), où j’ai pu me spécialiser dans l’étude des technologies quantiques et effectuer un stage chez Airbus sur les systèmes de cryptographie quantique par satellite.
Comment est né le projet Qluster et quels sont ses objectifs scientifiques ou technologiques ?
Le projet est directement issu de mes travaux de thèse encadrés par la Pr. Valentina Parigi.
Nous avons monté de zéro une expérience d’optique quantique composée de lasers, de miroirs, de lentilles et de cristaux non linéaires, permettant de générer des états de la lumière aux propriétés uniques au monde. L’intrication en longueur d’onde, compatible avec les technologies standards de télécommunication permet d’envisager des protocoles de communication quantique multi-utilisateurs inaccessibles aux technologies actuelles.
Il permet d’envisager des protocoles de communication quantique multi-utilisateurs inaccessibles aux technologies actuelles. Ce type de source aura également son rôle à jouer sur le long terme pour construire des ordinateurs quantiques. Ces états, dits comprimés multimodes, présentent des propriétés impossibles à expliquer par la physique classique.
Qluster est né d’une volonté de valoriser cette recherche tout en découvrant le monde de l’entrepreneuriat. Notre ambition est de transformer cette expérience de laboratoire en un système intégré prêt à se confronter au monde socio- économique.
À terme, nous voulons exploiter cette technologie pour résoudre des problèmes de calculs complexes qui restent aujourd’hui hors de portée des calculateurs traditionnels, comme la simulation avancée de molécules/médicaments, l’optimisation de chaînes d’approvisionnements, l’étude poussée du climat et le développement d’IA de nouvelle génération.
Créer une start-up est très stimulant, car au-delà de l’impact technologique, cela offre une vraie opportunité de penser le futur du monde du travail. Le nom Qluster porte plusieurs idées : la notion de cluster en informatique, qui évoque le calcul collectif, mais aussi celle du rassemblement humain, car je tiens à créer un environnement où chacun peut se sentir inclus au projet, partager ses idées, ses peurs et compter sur les autres.
Quels sont les principaux défis rencontrés dans la préparation du prototype ?
Le principal enjeu reste d’industrialiser une expérience de physique complexe pour la rendre stable, simple d’utilisation, reproductible et pouvoir l’installer dans l’infrastructure d’un futur client. Passer d’un dispositif de recherche à un prototype fonctionnel demande un effort conséquent : gestion du temps, financement et recrutement de profils techniques complémentaires. Progressivement vous passez d’expert purement technique sur votre technologie à expert plus transverse, en propriété intellectuelle (comment votre technologie est protégée), en industrie (quels partenariats sont mis en place pour fabriquer les composants spécifiques dont vous avez besoin), etc.
En quoi l’accompagnement de SUMMIT et de ses ingénieurs a-t-il été utile dans l’avancement du projet ?
D’abord, il nous a permis de confronter la technologie à un regard extérieur, celui d’ingénieurs non spécialistes de notre domaine. Cela nous a poussés à vulgariser nos concepts. Alexandre Guerre, Directeur du Département Technique Ingénieries et Systèmes (DTIS) et ingénieur chez SUMMIT, a joué un rôle essentiel dans ce travail de traduction technique. Son expérience nous a aidé à structurer la démarche de développement. En recherche, on monte une expérience pour valider un modèle ; ici, il s’agissait de concevoir un système clé en main, fiable et utilisable. SUMMIT nous a permis de mesurer l’ampleur du travail nécessaire, les compétences à mobiliser et les profils à recruter.
Ce soutien a été précieux pour bâtir une feuille de route claire à destination des investisseurs et des partenaires. Nous sommes également accompagnés par la SATT Lutech, pour la valorisation et le dépôt de brevets.
Où en est le projet aujourd’hui et quelles sont les prochaines étapes ?
Le projet de start-up Qluster est actuellement en phase de structuration. Nous avons intégré le venture studio Quantum Launchpad, spécialisé dans l’accompagnement des projets de startup quantiques, nous constituons l’équipe fondatrice de la future startup et préparons le business plan.
Autour de Qluster, un écosystème solide se construit : incubateurs et structures d’innovation d’excellence comme le Pôle Universitaire d’Innovation (PUI) de l’Alliance Sorbonne Université, MyStartupProgram, Deeptech Founders, Pépite Sorbonne Université, CNRS Innovation et bien sûr Bpifrance. Qluster est d’ailleurs lauréat du concours i-PhD 2025. Quant à l’objectif technique à court terme, il est de stabiliser la technologie et d’atteindre un niveau de maturité suffisant pour envisager une première version du système autonome et son déploiement dans des conditions réelles.